Cérémonie du 11 novembre 2013

11 novembre 2013Ce lundi a eu lieu la commémoration de l’armistice du 11 novembre 1918 à Saâles, en présence du corps des sapeurs-pompiers et des représentants de la gendarmerie

C’est par un beau soleil, mais une température bien fraîche que des dizaines de Saâlois ont assisté à la cérémonie.

Le discours du  maire jean Vogel, retrace cette triste période, et invite à ne pas oublier : « Se souvenir, pour que ce sacrifice de sang et de larmes n’ait pas été vain. »

Puis un enfant de Saâles a lu les noms des victimes de la commune sur le monument aux morts. La chorale a entonné la chanson « aux morts » puis la Marseillaise. Les plus petits ont accompagné le maire pour le dépôt de gerbe au pied du monument aux morts.

Toutes les personnes présentes se sont rendues ensuite au cimetière militaire de Saâles où un hommage a également été rendu  aux soldats tombés en luttant pour notre liberté.

Discours du Maire, Jean Vogel

Chères Saâloises, chers Saâlois, chers amis,

1914-1918 Quatre ans de vie dans les 600 kms de tranchées en terre, dans la boue, avec la vermine, les rats, avec l’odeur des cadavres en décomposition, un ravitaillement qui laisse souvent à désirer. Devant un no man’s land rendu infranchissable par un réseau dense de barbelés, battu par le feu des mitrailleuses, truffé de mines. Quatre ans à vivre dans la peur des gaz mortels et sous le feu de l’artillerie ennemi et des 250 millions d’obus qui s’abattront sur le sol français.

Le bilan de ce premier conflit mondial est terriblement lourd et il nous revient de l’évoquer afin qu’il ne puisse être oublié. 60 millions de soldats engagés, 9 millions de morts dont 1,4 millions Français auxquels on peut rajouter les 20 à 50 millions de morts de la grippe espagnole, fruit de la sous alimentation générale qu’avait entrainé la guerre.

14-18, c’est une boucherie où les progrès techniques ont concerné avant tout le matériel et la puissance de destruction plutôt que les moyens de s’en protéger. Le casque Adrian ne remplaçant le képi dans l’armée française qu’en 1915.

14-18, c’est aussi la fin des paysans. La moitié des paysans français ne retrouveront ni leur village, ni leur champ.

14-18, c’est aussi 700.000 femmes qui auront à assumer seule les charges de la famille et qui obtiendront dès 1919 le droit de vote aux USA et en Allemagne, mais pas en France.

14-18, ce sont des millions de combattants étrangers venus d’Australie, de Nouvelle Zélande, du Canada, des Etats-Unis, de tout l’Empire britannique, des colonies ou protectorat français, de plus de 72 pays, pour défendre une terre qui n’étaient pas la leur. Beaucoup espéraient que leur sacrifice puisse déboucher sur plus de liberté et une amélioration du sort de leur peuple. Espoir ô combien déçu, et annonciateur de conflits futurs.

Enfin 14-18, c’étaient aussi des soldats, qui malgré leur refus des sacrifices inutiles burent pour certains la coupe jusqu’à la lie. Des soldats furent tués dans un combat inutile à Vrigne-Meuse, dans les Ardennes au matin du 11 novembre 1918.

Nous sommes ici pour nous souvenir, pour que ce sacrifice du sang et des larmes n’ait pas été vain.

Souvenons-nous que le1ERaout 1914, Camille Thiriet, maire de Saâles est arrêté par les autorités allemandes et emmené à Strasbourg où il est emprisonné. Son nom figure en bonne place sur la ‘liste noire’ dressée par les autorités allemandes et son cinquième bureau. Son arrestation ne passe pas inaperçue. Les journaux locaux et nationaux s’en font l’écho. Débutent alors quatre ans de captivité pour un prisonnier qui s’avérera peu commode.

Jean Guéhenno, le célèbre académicien, écrivait dans son journal du 4 août 1914, rendu public grâce au travail de l’historien Jean Niogret que de braves gens à venger et la bonne besogne à faire. On (les Allemands) a tué Alexis Samain…On a tué le bon curé de Moineville parce qu’il n’avait point oublié le cantique : « Pour Dieu ! , pour la France ! »On a tué le maire de Saâles, on a tué…on a tué ! …’ L’histoire attestera qu’aucun des trois ne fût en vérité tué.

Guéhenno, fils d’ouvrier, obligé de quitter le collège pour l’usine, passe le bac en auditeur libre, écrit ces lignes alors qu’il s’apprête à terminer ses études à l’école normale supérieure de Paris.

Ses amis de classe sont immédiatement appelés et envoyés au front avec le grade d’officier. Pour ces jeunes mieux armés pour les joutes intellectuelles que pour la guerre, c’est l’hécatombe. Jean Guéhenno découvre la face cachée du conflit, celle où la mort, jusque là impersonnelle et éloignée, frappe un par un tous ses amis, toute une jeunesse qui n’aura en rien profiter de la vie. La guerre que l’on annonçait courte, s’éternise. La guerre, que l’on imaginait propre, produit son flot croissant de victimes. Le doute s’installe. Il est demandé à Jean Guéhenno de raviver l’ardeur guerrière de ses soldats. ‘Il s’agissait de faire grande la mort de tous ces vivants’. Au front, la mort n’en est que plus proche. En tant qu’officier, il se sent responsable de ses hommes dont il sait que beaucoup ne reverront plus leurs proches ‘ …il y avait en eux une telle tendresse, une telle bonne humeur, ils avaient si peu le désir de tuer, ils étaient si peu des guerriers, si évidemment de braves gens, nés pour le travail et la paix’.

Chères saaloises, chers saalois, chers amis,

Nous sommes ici pour continuer à construire un héritage pacifique d’un passé de guerre, de haine et d’humiliation. Nous sommes enfin là pour rappeler que le plus bel hommage que nous pouvons rendre à tous ceux qui se sont sacrifiés est de lutter pour maintenir une paix durable. Méfions –nous des tentations des hommes de ce monde Le nationalisme, l’intégrisme, c’est le repli sur soi, la peur de l’autre, la victoire de l’égoïsme. Le fanatisme, c’est l’aveuglement des peuples soudain incapables de faire preuve de discernement et de raison.

Œuvrer pour la paix, c’est aussi et avant tout nous battre contre le racisme, l’antisémitisme, l’exclusion, l’intolérance, les égoïsmes, l’accroissement des inégalités, les ravages du capitalisme sauvage.

Œuvrer pour la paix, c’est apprendre à vivre ensemble, à construire un monde de fraternité.

Œuvrer pour la paix, c’est enfin comprendre qu’aucune solution durable ne peut émerger avec des ‘il n’y a qu’à…, il faut que…’. Comprendre que notre chemin est long et difficile, qu’il nous faut à tous de la volonté et du courage, mais c’est ce qui le rend grand et beau, et nous rendra heureux et fier au crépuscule de notre vie.

Jean JAURES, à la veille d’être assassiné, écrivait dans ses carnets : « C’est à l’intelligence du peuple que nous devons faire appel si nous voulons qu’il puisse rester maître de soi, refouler les paniques, dominer les énervements pour écarter de la race humaine, l’horreur de la guerre » 30 juillet 1914

Je vous remercie.