Développement durable

Saâles, un territoire qui fait le choix du développement durable.   

Le terme revient systématiquement comme panacée, dès que la multiplicité des catastrophes naturelles, le réchauffement climatique sont évoqués.

Il est donc important de bien définir ce que l’on appelle « développement durable ». La définition la plus courante est celle d’un développement qui associe l’économie, le social et l’environnement. Il est bon de rappeler que le développement peut se résumer à la croissance à laquelle est associée la satisfaction des besoins élémentaires et la réduction des inégalités. Mais cette approche du développement durable ne serait pas complète sans la prise de conscience que notre espace et nos ressources sont limités et finis. Il fait apparaître ainsi une logique de qualité de vie au détriment d’une recherche de biens matériels sans fin.

Le développement durable ne constitue pas seulement une opportunité économique considérable, c’est aussi une vision moderne de nos droits et devoirs, des valeurs que nous défendons, la base du civisme de demain. Basé sur l’imagination, l’innovation, les échanges, la volonté, l’audace, le courage, il est d’une modernité fantastique.

 

  Si l’État tente de promouvoir le développement durable à travers des soutiens financiers, il ne peut se développer sans une véritable vision de l’avenir et sa traduction à travers des projets de développement innovants au service  des territoires. Nous allons voir comment Saâles,  commune du massif vosgien d’environ 1.000 habitants, a pu en 15 ans faire du développement durable le fer de lance de son développement et de la qualité de vie de ses habitants. A ce stade, il est utile de préciser que les choix de politique de développement local relèvent en France du domaine de la commune (ici Saâles, 930 habitants) et de l’intercommunalité (ici, la communauté de communes de la Haute-bruche, 24 communes et 20.000 habitants). État, région et Département apportent leur contribution sous forme de subvention à ces projets.

 Le plus souvent les collectivités locales élaborent leur projet à partir de l’agenda 21, mais souvent dans des démarches technocratiques et administratives longues et complexes. Saâles a choisi de jouer la carte des opportunités et de l’innovation à partir d’un diagnostic mettant en avant les atouts et les contraintes de son territoire.

 Ses atouts, elle peut compter sur un milieu préservé (absence de friches industrielles source de pollution, absence d’aberration architecturale, milieu naturel respecté, agriculture peu intensive,…).La ville est située sur un axe de passage entre l’Alsace et la Lorraine. Le bourg est implanté au sommet d’un col profitant ainsi d’une superbe vue sur l’ensemble de la chaine des Vosges.

Le patrimoine urbain et naturel constitue une richesse à valoriser avec 548Ha de forêt communale, quelques beaux bâtiments et des places abritant 25 fontaines en pierre de grès, mais aussi ce qui extrêmement rare pour une petite commune un parc public au centre du village.

La commune a été correctement gérée et n’a pas à supporter un fort endettement traduisant ainsi une bonne maîtrise budgétaire. Le bourg bénéficie de l’ensemble des commerces et des services indispensables (boulangerie, épiceries, boucherie-traiteur, garage, coiffeur, pharmacien médecin, bureau de poste, gare, gendarmerie,). Cette situation est unique en Alsace pour une commune de cette importance et est due entre autres à l’absence de supermarchés dans un rayon de 18 Km. Mais pour survivre, les artisans de bouche et agriculteurs ont fait le choix de la qualité des produits.

Saâles est située à l’extrémité supérieure de la vallée de la Bruche qui est une des rares vallées alsaciennes desservie par le train. Les dernières maisons marquent la limite et la frontière entre deux régions Alsace et Lorraine et deux départements Bas-Rhin et Vosges. L’habitat est regroupé et les habitants se connaissent et se côtoient quotidiennement. La vie y est paisible et calme. Les problèmes graves de sécurité sont rares.

Si les enfants ne restent pas au village, de nombreuses personnes font le choix de venir y vivre. Le renouvellement de population est important, plus de la moitié des habitants n’y demeurant pas dix ans auparavant.

Des contraintes

Les contraintes sont nombreuses.

Elles sont souvent la conséquence de l’éloignement et de l’enclavement. Saâles est située en montagne à 555 m d’altitude à 66kms de Strasbourg au bout de la plus longue vallée d’Alsace.

On y retrouve trois caractéristiques économiques d’une zone sous-développée : départ des jeunes diplômés, solde négatif des capitaux et non valorisation des matières premières exploitées localement (bois). Commune riche par le passé grâce aux ventes de bois, Saâles est devenue une commune pauvre avec la baisse constante du prix du bois et l’absence de taxes liée aux entreprises. A titre d’exemple, la commune de Schirmeck située 20km en aval bénéficie pour une population de 2453  habitants de 831.892 euros de taxes liées aux entreprises (339 euros par habitant) alors que Saâles pour 940 habitants moins de 11.585 euros (12  euros par habitant) (source : communauté de communes de la Bruche, 2010) . L’habitat y est vétuste et principalement constitué des grosses maisons mitoyennes en pierre, mal isolées et souvent avec très peu de confort.

Le climat y est rude avec des hivers longs et rigoureux. Les températures sont en moyenne inférieures à 4-5°C à celles mesurées à Strasbourg, d’où un budget ‘chauffage’ de 2 à 3 fois supérieur à la plaine d’Alsace. La circulation routière est dense avec le passage quotidien de près de 1000 poids lourds. La répartition socio-professionnelle est déséquilibrée avec la sur représentation de la classe ouvrière et de la frange de population en difficulté sociale. Les classes supérieures et moyennes sont quasiment absentes.

Saâles et son canton constituent le territoire rural le plus pauvre d’Alsace avec le plus fort taux de foyers exemptés de l’impôt sur le revenu. Le bassin d’emploi est éloigné. Aller-retour, les travailleurs ont à parcourir de 40 à 150kms quotidiennement et passent entre une heure et quatre heures dans les transports. Le ban communal d’une superficie de 985 Ha compte près de 700 Ha de forêt communale et privée, d’où un espace agricole et urbanisé réduit.

Fort de ce diagnostic, il nous est apparu important d’identifier des axes de développement et d’agir en valorisant nos atouts ou encore en tirant profit de certaines contraintes.  La pauvreté doit favoriser les solidarités. Les nouveaux habitants doivent devenir des initiateurs et des vecteurs de changement en apportant un souffle nouveau et des idées neuves. Le slogan de la communauté de communes traduit bien ce concept ‘L’accueil est dans notre nature’. Malgré des ressources financières très réduites, la municipalité, élue en 1995, a décidé d’agir rapidement en mettant en avant les synergies et la complémentarité des projets. 

 

Le marché des produits de montagne

En 1996 est crée le premier marché des produits de montagne de tout le massif vosgien.

Sa création fait suite à deux constats: valoriser le patrimoine communal, en l’occurrence les halles de la mairie qui sont devenues progressivement un dépôt municipal et offrir aux agriculteurs un lieu de vente de proximité pour pérenniser leur activité. Pour la première fois dans la région, ce sont les paysans qui choisissent le jour et l’heure et s’associent pour gérer eux-mêmes le marché. Ils veillent à améliorer en permanence la qualité des produits et l’émulation et la concurrence jouent à fond avec la présence de plusieurs producteurs sur chaque type de produit.

Réservé aux produits des artisans locaux et des paysans de la montagne vosgienne, il attire chaque année  des dizaines de milliers de visiteurs. Fort d’une trentaine d’exposants, il est le premier et le plus important du massif vosgien et assure la viabilité de nombreuses exploitations agricoles. Saâles est la première commune d’Alsace à offrir une place sur son marché au commerce équitable et a systématisé pour les enfants de l’école une sensibilisation au commerce équitable. Le marché en attirant une clientèle extérieure a conforté les commerces locaux et la viabilité des exploitations agricoles. Fort de cette dynamique, de nouvelles petites entreprises ont vu le jour (micro-brasserie, élevage d’escargots, chocolatier,…). Il renforce également le lien social en devenant un lieu de rencontre y compris avec la diaspora. 

 

Paysages et fruitiers

 Ouverture paysagère et patrimoine fruitier.

Jusqu’à la fin du 19ème siècle et du début du 20ème, la population de Saâles se rangeait largement dans la catégorie de ceux que l’on appelait les « paysans-ouvriers ». Comme la majorité des petites communes des vallées vosgiennes la nôtre abritait une petite usine textile fonctionnant au rythme des 3X8  heures de travail. Ces horaires permettaient aux familles de conduire parallèlement un modeste train de culture essentiellement orienté vers  la pomme de terre et des céréales pauvres comme le seigle. Bien qu’étant située seulement à 560m d’altitude, le climat de la commune – en raison de l’orientation du col – est rude. A partir des années 1950 l’industrie textile s’est arrêtée et la population qui avait atteint en pointe 1200 personnes vers le milieu du 19ème siècle est tombée aux environs de 750 personnes. A partir de là l’agriculture a progressivement disparue et les terres précédemment cultivées ont été envahies par des plantations d’épicéas fermant le paysage. En 1996 la commune a créé une Association Foncière Pastorale qui, en une décennie, a défriché 40Ha d’épicéas au profit d’un paysage attractif et attrayant.

Les espaces naturels sensibles y ont été préservés (espaces humides, haies vives, bosquets taillis, arbres remarquables,…) et l’agriculture durable pérennisée (un agriculteur associé à son fils  et à son épouse s’est spécialisé dans la production de lait bio réservé à deux petites unités de production de yaourts et de fromage, un autre s’est orienté vers la production de petits fruits).

En 2005, 300 arbres issus de plus de 80  vieilles variétés fruitières  ont été plantés le long des chemins par des bénévoles. Les objectifs sont multiples: amélioration du cadre de vie et du paysage du chef-lieu de canton qu’est Saâles, enrichissement du patrimoine communal, création d’un espace de rencontre intergénérationnel, émergence d’une mission éducative et pédagogique envers les jeunes de l’école et la population, initiation d’une approche « durable » de l’arboriculture exempte de tout pesticide, aménagement d’une pépinière en vue d’assurer la pérennité de l’opération. Les enfants ont planté et greffé leur arbre.

Saâles devient un lieu de rencontres et d’échanges inter régionaux pour les spécialistes de l’arboriculture fruitière. Les plantations réalisées constituent une référence pour l’arboriculture en moyenne montagne. La plantation de ces arbres a été accompagnée par la création d’un sentier dit « des fruitiers ».

De magnifiques points de vue s’ouvrent ainsi aux randonneurs. Le sentier est emprunté annuellement par des centaines de visiteurs et rencontre un succès sans cesse croissant auprès des vacanciers. 

 

La chaufferie bois

La chaufferie au bois.

Suite à la tempête de décembre 1999 qui a particulièrement touché le ban communal (10 000 à 20 000 m3 de bois détruits pour la seule forêt communale), un projet de chaufferie au bois voit le jour. Rapidement il rencontre l’hostilité d’une partie de la population refusant « un incinérateur au centre du bourg » qui ferait chuter la valeur de l’immobilier.

Après cinq années d’étude et de concertation, est mise en route, le 3 octobre 2005, la première chaufferie au bois de la vallée de la Bruche, d’une puissance de 500 KW. Elle permet de relocaliser un emploi en France. 800 tonnes par an de plaquettes sont brûlées et économisent plus de 200 000 litres de fuel.

Suite à un diagnostic d’opportunité solaire, la surface  du bâtiment a été doublée pour permettre l’implantation de 250m2 de panneaux solaires, devenant ainsi la première centrale bi-énergie renouvelable de la région. L’extension abrite le hangar municipal entièrement financé par la vente d’électricité, (Le village compte également plus de 115 m2 de panneaux solaires thermiques). Au niveau du rapport m2 panneau solaire/habitant, le village se situe dans la moyenne allemande aussi bien pour le thermique que le photovoltaïque. Saâles possède l’unique charcuterie d’Alsace qui chauffe l’eau de cuisson de ses saucisses à l’énergie solaire. La forêt communale qui couvre 548 Ha (55% du ban communal) entre dans la démarche PEFC d’éco certification en 2003. 

 

Un ensemble d'actions concertées

L’eau potable des sources fait l’objet d’un traitement aux ultraviolets.

L’entretien des terres agricoles est assurée par deux exploitations agricoles (l’une en bio, l’autre en développement durable), toutes deux avec cahier des charges et faisant l’objet d’un contrôle indépendant. 100% de terres agricoles intègrent une démarche qualité

La commune a entrepris un diagnostic de toutes ses dépenses énergétiques. Des réducteurs de puissance ont été installés sur l’éclairage urbain dans les deux principales rues. Des travaux d’isolation à partir de matériaux naturels (laine de bois, ouate de cellulose) sont entrepris progressivement dans tous les bâtiments communaux. Les logements communaux font l’objet d’une forte demande en raison de leur qualité de vie et des économies sur les charges de chauffage. 

La maison de retraite, qui appartient à une fondation locale et où la commune est représentée, a participé pleinement à cette politique en se branchant sur la chaufferie-bois, en s’équipant de panneaux solaires pour l’eau chaude et en améliorant l’isolation. Son bilan énergétique fait apparaître une consommation 20% en dessous de la moyenne bas-rhinoise alors qu’elle devrait être du double au vu du climat.

Les services et commerces de proximité ont bénéficié d’un programme d’aménagement urbain renforçant leur attractivité. Leur nombre est en augmentation avec la création d’une maison des services de santé et l’installation espérée d’un chocolatier.

Le fleurissement des espaces publiques est assuré par les riverains à partir de plantes vivaces.  

 

Un projet éolien innovant

La commune de Saâles associée aux communes limitrophes alsaciennes et lorraines travaille depuis près de 10 ans sur un projet éolien innovant. Innovant, car porté par les collectivités publiques en collaboration avec les associations de protection de l’environnement  et la population concernée. Le projet a été initié par les communes de la Grande Fosse (88) et Saâles (67) en 2003-2004, en même temps que la parution de l’atlas éolien régional. Il s’insère dans une politique de développement durable menée par les communes depuis une quinzaine d’années. Elles ont fédéré autour d’elles quatre autres communes vosgiennes Chatas, Grandrupt, St Stail et Ban de Sapt.

Ce sont les communes qui ont choisi une entreprise partenaire en l’occurrence EDF- Energies Nouvelles (ce qui est très rare, car en général, ce sont les développeurs qui sollicitent les communes). Les communes ont financé en 2006 l’étude paysagère indispensable à l’octroi de la ZDE. Celle-ci a été obtenue en 2008.

L’emplacement des éoliennes est aujourd’hui arrête. Il y en aura dix, cinq sur la commune de Chatas, trois sur celle de la Grande Fosse et deux à Saâles. Sept sur dix seront implantés sur des terrains communaux. Les éoliennes visibles de Saâles font l’objet d’un photomontage consultable sur le site internet de la commune depuis plus de quatre ans.

Chaque éolienne aura une puissance de 2 MW, ce qui représente une production annuelle de 6 millions de KW, la consommation de près de 3000 personnes ou la production de 4Ha de panneaux photovoltaïques. La hauteur des mats sera de 100 mètres et le diamètre des pâles d’un peu plus de 90 mètres. Des réunions publiques se tiennent régulièrement pour informer la population de l’avancement du dossier. Les permis ont été déposés en décembre 2009… 370 kgs… et redéposés en janvier 2011 suite à des demandes complémentaires. Ils ont été signés fin 2011. Des recours contre le permis ont été engagés au tribunal administratif. Les éoliennes ne seront pas en place avant 2014. Des négociations sont aussi en cours avec Alsace Nature afin de trouver un accord sur la partie environnementale de façon à en faire un projet exemplaire.

Pour un véritable partenariat avec EDF-EN

La suppression de la TP a divisé par 4 le revenu pour les communes des éoliennes. Il n’y a aujourd’hui pour un maire aucun intérêt financier à initier un tel projet. Nous avons obtenu 20% du parc en actionnariat populaire ou en SEM et un pourcentage sur les bénéfices générés. Actuellement, un travail est mené avec l’association Energie Partagée afin d’organiser de l’actionnariat populaire des deux éoliennes.  

 

Politique touristique

Une politique touristique en phase

La commune est propriétaire d’un village de vacances d’une capacité de 230 lits et de 45 logements. Sa gestion est confiée à l’association VAL VVF Villages. Les touristes sont sensibilisés à l’intérêt de participer au développement local en faisant travailler les services et commerces présents. 200 km de chemins balisés par le club vosgien leur permettent de découvrir la montagne vosgienne à pied à partir de Saâles. Une visite guidée est organisée chaque semaine par des bénévoles afin de leur faire découvrir le village, son histoire et son patrimoine notamment la collection des vieilles variétés fruitières. Un projet de réhabilitation a démarré à la mi-2011 avec entre autres le passage aux normes BBC de 40 logements, la mise en place d’un chauffage au bois et solaire thermique pour l’eau sanitaire et la construction d’un centre de remise en forme (sauna,hamam,…), également accessible à la population sous condition.  

En conclusion.

Les projets ont nécessité un sens de l’anticipation et une volonté politique. Innover c’est prendre des risques. Or le plus souvent les populations sont réticentes au changement. La volonté politique a donc été associée à un travail d’écoute des habitants afin de prendre le temps nécessaire pour assurer une acceptation des projets souvent modifiés et adaptés. Le développement durable a généré des projets innovants, ceux-ci ont induit une attractivité forte à travers une amélioration de la qualité de vie. Ainsi les touristes ont été plus nombreux, la demande de logement résidentiel s’est accrue et plusieurs entreprises ont fait le choix de s’installer.

Saâles, à travers ses projets, a fait valoir des avantages comparatifs en termes de développement et s’est assuré ainsi une avance certaine sur d’autres territoires, qui lui faut maintenant maintenir, voire accroitre. De nombreuses distinctions régionales et nationales sont venues récompenser la dynamique en place (prix d’encouragement de la fondation Alsace, Mariannes saveurs de France et d’Europe, prix régional du développement durable du ministère de l’agriculture, ruban du développement durable de l’AMF, territoire du commerce équitable,…).

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